24.03.2006

Le mangeur de mûres, inspiré par 'le vagabond'

Comme toujours, bien avant les premières morsures de l’aube, le vagabond était réveillé.
'Et si la terre était un immense terrain vague?' pensait-il perdu dans ses pensées. En effet cette fois il ne s'était pas enfui à la suite des dernières ombres du petit matin qui se volatilisaient sous les premières caresses du soleil.
Allongé dans l'herbe tendre, la voûte berçant ses yeux il restait là en farniente. Son corps semblait se fondre dans chaque brin. Il se sentait léger.

Ses pensées doucement dodelinaient dans une béance sans portes ni fenêtres, lorsque soudain une petite voix l'interpella "tu fais quoi?" Il se redressa à demi, surpris et distingua une petite silhouette se tenant là debout entre lui et la lumière de cette aube engourdie.
Cet enfant semblant surgir de nul part le mit mal à l'aise, il grommela "et toi que fais tu là? Ne sais tu pas qu'il est mal poli de déranger les grandes personnes!"
- ah pourquoi?
- pourquoi, pourquoi... parce que vous les enfants vous posez toujours des questions. Et c'est agaçant à la fin!
- ah?...." Le gamin semblait songeur, dansant d'un pied sur l'autre.

Le vagabond fit un petit geste de la main vers lui comme lorsque l'on veut faire s'envoler un pigeon. Il voulait le geste ferme mais cela ressemblait plus à une caresse avortée.
Il ressemblait extérieurement à l'image qu'il voulait donner, un grognon. Mais à l'intérieur se déroulait un tapis de soie... Seulement il ne voulait plus la filer!

-"allez rentre chez toi, allez ouste!"
Le marmot ne semblait pas plus ébranlé que ça.

-"dis pourquoi tu dors dans l'herbe?
- oh mais vas tu finir avec tes questions à la fin!
- c'est toi le mangeur de mûres?"
Le vagabond qui s'était rallongé en lui tournant le dos se releva agacé.

- "mais qu'est ce que tu racontes?
- oui maman a dit dans la cuisine hier "tiens je l'ai vu il cueillait des mûres..."
- a qui ta mère disait ça!" répondit le vagabond sur un ton qu'il aurait voulu plus strict.
- "ben à ma soeur tiens!
- à ta soeur à ta soeur!" cette fois il balaya l'air de sa main comme voulant chasser des mouches.
- "bon mon petit bonhomme tu commences à m'enm... là! Dégage de là maintenant ça suffit, j'ai pas besoin que ta famille parle de moi, et d'ailleurs pourquoi t'es venu me dire ça!"
- ben voilà comme maman avait l'air de dire que tu aimais les mûres, ben j'ai pensé que..."

Le gamin semblait hésiter, une de ses mains dans le dos, puis il avança et déposa quelque chose à côté de la main de l'homme...
Le vagabond regarda et vit un pot de confitures d'un rouge sombre, il releva les yeux et croisa le regard du petit qui semblait franchir les frontières de l'inaccessible.
- j'ai pensé que tu aimerais goûter de la confiture de framboises. c'est maman qui la fait elle est très bonne tu sais..." en même temps qu'il parlait sa bouche s'écarquillait en un sourire tout blanc avec un petit trou vers la droite.
Le silence se mit à murmurer...

Puis le gosse sorti autre chose de sous sa veste et cette fois il posa la petite chose dans la main du vagabond, lorsque celui-ci trempa son regard dans sa paume il y vit un petit ours portant un bandana rouge au cou et l'air d'avoir un peu vécu. Il allait ouvrir la bouche lorsque le mioche lui dit d'un air sérieux :

- "pose pas de questions! Les adultes posent toujours trop de questions! Tu sais une fois en fait j'étais avec maman lorsque tu cueillais les mûres et ma tête elle m'a dit que tu étais seul et que même si parfois tu dis des gros mots aux gens qui te regardent ton coeur lui il s'enrhume"
Le vagabond commençait à avoir du mal à respirer comme si une colombe glissait entre ses poumons.

Le gamin repris :
- "alors j'ai pris max c'était mon ours quand j'étais petit, mais je suis grand maintenant! Et je te le donne ainsi tu auras un ami et tu sais max comprend tout, il me serrait contre lui lorsque la nuit je faisais des cauchemars de l'ombre..."
Puis l'enfant se retourna et commença à marcher...

Le vagabond tout ému comme un ciel de pluie le rappella d'une voix enrouée "eh petit tu pars déjà?"
- "oui je pars car tu vas bientôt pleurer, et cela me rendra triste."
puis il lui fit un petit signe et disparu sautillant dans les dernières brumes, entre le gros buisson et la lumière jaillissante du soleil qui insistait sur tout ce qu'il pouvait atteindre.

Ne serait-ce le pot de confitures et le nounours ayant l'air de le scruter, le vagabond aurait pu penser à un mirage. il se réétendit sur le dos dans l'herbe tendre et murmura à l'oreille de la peluche : "et si la terre était un immense terrain vague n'attendant que l'ondée pour faire germer son ventre?"...

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